EXTRAIT DU LIVRE AFROTOPIA DE FELWINE SARR cas des MOURIDES DU SENEGAL

DIKALO UNE APPLICATION DE MESSAGERIE INSTATANEE MADE IN AFRICA
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12 avril 2019

EXTRAIT DU LIVRE AFROTOPIA DE FELWINE SARR cas des MOURIDES DU SENEGAL

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L’exemple des mourides au Sénégal peut illustrer les liens entre économie relationnelle et économie matérielle. La première apparaissant comme la charpente de la seconde. Les mourides sont une confrérie soufie du Sénégal dont le fondateur, Cheikh Ahmadou Bamba (1853-1927), mena une résistance culturelle pacifique à la colonisation, s’appuyant sur des valeurs de l’islam réinterprétées par les cultures négroafricaines.

Dans cette communauté, il existe une culture du travail, que certains ont pu comparer à celle provenant de l’éthique protestante analysée par Max Weber 1. Celle-ci se fonde sur un hadith (dit) du prophète Mohamed repris par le guide spirituel de la confrérie qui s’énonce comme suit : « travaille pour cette vie comme si tu devais être éternel et pour l’au-delà comme si tu devais mourir demain », et sur diverses recommandations du fondateur de la confrérie que l’on retrouve dans ses sermons/poèmes : « Je vous recommande deux choses et ne leur associez pas une troisième : c’est le travail et l’adoration de Dieu. Ainsi obtiendrez-vous la quiétude… » Il existe, dans cette communauté, une culture du travail et de l’effort, certes, mais également de l’engagement, du don de soi, et de l’obéissance aux ndigëls, qui sont les prescriptions du guide spirituel de la communauté. Ce dernier est capable de mobiliser une importante force de travail gratuite pour différents travaux d’intérêt communautaire, par exemple aménager une forêt de 45 000 hectares à des fins de production agricole.

 Aussi, l’essentiel des interactions économiques se fonde sur les liens qui unissent les membres de cette confraternité. Nous avons, ici, l’exemple d’une économie matérielle florissante, dont le principal déterminant est l’économie relationnelle. Celle-ci se caractérise par l’existence d’une solidarité intra-confrérique qui permet de réaliser les opérations économiques de base en minimisant les coûts de transaction, les relations étant fondées sur la confiance et le respect de la parole donnée. Ainsi il existe, entre les membres de cette communauté, un système de transferts de fonds par compensation, lorsque ces derniers sont en voyage d’affaires, évitant ainsi les coûts du système bancaire classique, l’établissement de réseaux économiques et de solidarités, une tradition de mise à disposition d’un capital sans coût lors du démarrage d’une activité économique ainsi que des facilités de remboursement. Les commerçants mourides occupent l’essentiel du secteur de l’économie informelle du Sénégal, notamment dans le commerce, le bâtiment, le transport, le textile, la transformation, etc.

Leur réussite sociale et économique s’explique par une très grande solidarité caractérisée par un idéal commun et une conviction d’appartenance à une communauté. Cette économie populaire fondée sur des valeurs socioculturelles et religieuses que partage un groupe est dynamique et permet à cette communauté de contrôler des pans importants de l’économie dite informelle au Sénégal 1 qui emploie 60 % de la population active et représente 54,2 % du PIB. La ville de Touba, siège de la confrérie, est la deuxième ville du Sénégal de par son poids démographique et économique.

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